Le chien apprend ce qu'on renforce, pas ce qu'on veut
La plupart des comportements gênants ont été appris involontairement. Comprendre le mécanisme explique aussi comment les défaire.
C'est le principe qui rend compte de l'essentiel de ce que je vois : un chien répète ce qui a produit un résultat pour lui, indépendamment de nos intentions.
Le mécanisme
Un comportement suivi de quelque chose d'agréable pour le chien devient plus fréquent. Ce « quelque chose » n'a pas besoin d'être une friandise : de l'attention, une ouverture de porte, un jeu qui reprend, un contact visuel suffisent souvent.
C'est ce qui explique un paradoxe fréquent : gronder un chien qui saute peut renforcer le saut, parce que la réaction — regard, parole, contact — constitue précisément l'attention qu'il cherchait.
Un chien qui recommence n'est pas têtu. Il a été payé la fois d'avant, par quelque chose qu'on n'avait pas identifié comme une récompense.
Les trois paramètres qui décident
- Le timing. Le renforcement doit suivre le comportement immédiatement. Quelques secondes plus tard, il renforce autre chose — souvent ce que le chien a fait entre-temps.
- La constance. Un comportement renforcé de façon irrégulière devient plus résistant, pas moins. C'est pour ça que « je ne cède que de temps en temps » produit exactement l'inverse de ce qu'on cherche.
- Le critère. Il faut récompenser une étape atteignable, puis relever progressivement. Attendre le comportement parfait ne récompense jamais rien, donc n'apprend rien.
Défaire un comportement
Deux leviers, à combiner : retirer ce qui le renforce, et renforcer un comportement incompatible. Apprendre à s'asseoir pour saluer donne une alternative payante — supprimer le renforcement du saut sans proposer d'alternative laisse le chien sans solution.
Il faut savoir qu'un comportement dont on retire le renforcement s'intensifie souvent avant de diminuer. C'est un phénomène connu, et c'est le moment où la plupart des gens cèdent — ce qui renforce la version intensifiée.
Pourquoi j'écarte la punition
Les méthodes aversives peuvent supprimer un comportement, et leurs effets secondaires sont documentés : association négative avec le contexte ou avec le maître, apparition de comportements de peur, et suppression des signaux d'avertissement — un chien puni pour avoir grogné peut cesser de grogner sans cesser d'être mal à l'aise, ce qui supprime l'alerte.
Sur ce point, plusieurs organisations vétérinaires et comportementales ont pris position publiquement en faveur des méthodes fondées sur le renforcement.
Un trouble installé — agressivité, anxiété importante — relève d'un vétérinaire, éventuellement d'un vétérinaire comportementaliste.